Soleil de janvier
- La noctambule

- 10 janv.
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Après avoir écouté l’entrevue de début d’année d’Anne-Marie Dusseault avec Louise Arbour, je me suis mise à pleurer, le front posé sur mon bras que j’avais plié sur la table. Je me faisais penser à mon père après sa deuxième bière, incapable de ne pas sombrer dans sa mélancolie à la moindre vapeur d’alcool. Il ne lui fallait pas grand-chose.
Je voulais vouer mon après-midi à ranger l’armoire de cuisine encombrée depuis des années. Mais j’ai passé le plus clair de mon temps distraite par mon ordinateur, ou bien les yeux rivés au mur de brique de la maison voisine. De temps en temps, des pigeons venaient se poser sur le bord de la fenêtre, à l’affut d’un je ne sais quoi d’alléchant.
Je pensais au Pigeon, de Süskind, et à Jonathan Noel pétrifié devant l’intrusion de cette bête immonde dans son immeuble. Je pensais au dégoût qui nous saisit parfois dans des circonstances malencontreuses, à la montée subtile et lente d’une nausée qui vous ouvre la gorge et vous soulève le cœur et la glotte. Aux viscères secoués par le refus subit d’un geste, d’une parole ou même d’une existence. La nausée comme expression de la colère, pourquoi pas ? Comme si tout à coup ma vie était jonchée de corps d’animaux que personne ne jugeait nécessaire d’enterrer, des cadavres qui commençaient à suinter, à noircir, à se décomposer… Le soleil de 16 heures en janvier frappait maintenant, jaune et dru, sur le mur de brique que je ne cessais d’observer et qui me renvoyait de moi-même une image de fixité, d’immobilité, de mort. Quelque chose était terminé.
Isabelle Larrivée



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